Au ver à soie : Leader mondial du fil de soie


“ Autour de la soie ”


 

Autour de la soie


1 Du papillon au fil de soie


2 La technologie

1-1 La Culture du mûrier:

Le mûrier aime un climat tempéré, mais se trouve cultivé sur une zone qui s'entend des régions tropicales aux pays presque froids. Il est principalement répandu en Extrême-Orient (Chine, Japon, Corée, Asie du Sud-Est) mais aussi en Amérique du sud (Brésil), au Proche-Orient et en Europe (Grèce, Italie, Espagne, France du sud-est). La nature du sol et les faveurs climatiques jouent un grand rôle dans l'adaptation du mûrier. Il en existe 42 espèces. Les principales espèces cultivées de nos jours sont le moris latifolia, le morus alba linn et le morus bombycis koidz. Pour une bonne production de feuilles, il est nécessaire que les mûriers aient des branches et des tiges multiples à croissance rapide. La meilleure feuille est de taille moyenne, épaisse, verte sombre et munie d'un peu de duvet. Les régions tropicales situées à 600-700 mètres au-dessus du niveau de la mer offrent des conditions idéales pour une culture du mûrier tout au long de l'année, avec huit récoltes possibles par an au lieu de deux dans les zones tempérées.


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1-2 L'élevage du ver à soie.

Les sériciculteurs traitent le bombyx du mûrier comme des nouveaux nés. Monsieur Liu Tai Hsueh, directeur des services des ventes de la station d'approvisionnement séricicole de Taiwan (Taiwan Sericicultural Improvment Station : TSIS) énumère quelques-uns uns des dangers auxquels sont exposés les vers à soie.

  • L'aboiement d'un chien, le chant du coq, une odeur nauséabonde peuvent déranger les vers fraîchement éclos.
  • Un ver décalé par rapport au rythme et aux mues de la majorité doit être enterré ou jeté aux poissons afin d'éviter toute variation dans le filage de la soie.
  • Les larves doivent reposer sur des matelas secs. Elles doivent dormir, manger et travailler en harmonie.
  • Les vers fraîchement nés et somnolents doivent être chatouillés avec une plume de poulet afin de stimuler leur croissance.
  • La " mère adoptive " des vers à soie ne doit pas sentir mauvais. Elle doit être vêtue simplement et proprement et ne pas manger ou toucher de la chicorée.

On doit vérifier que les œufs ne contiennent que des vers parfaitement sains.

a) La graine

La graine de ver à soie est de forme ellipsoïdale, petite et plate, recouverte d'une membrane dure. Sa forme et sa taille varient suivant les espèces. Sa couleur est d'un blanc laiteux ou d'un jaune soutenu. Il existe deux sortes de graine, l'une hibernante et l'autre non. Pendant la ponte la température idéale se situe entre 23 et 25° C avec un taux d'humidité de 75 à 80%. Les graines dont la ponte a eu lieu à la mi-juin et dont l'éclosion s'effectuera au début du mois de mai suivant sont soumis à des règles strictes de conservation.

b) Le ver

Le ver à soie est un insecte qui présente un cycle de transformation typique en quatre stades : graine - larve - chrysalide - papillon. Les œufs vont éclorent quatorze jours après le début de l'incubation à 25°C. La larve appelée " Kego " en japonais va muer après chacune des 4 périodes de sommeil qu'elle effectuera durant sa vie. Entre chaque mue, le ver est pris de fringale appelée " frèze " La durée de vie du ver est d'environ 25 jours. Entre son éclosion et le moment où il fabrique son cocon, son poids est multiplié par dix mille et sa taille par quatre.
Après avoir dévoré une grande quantité de feuilles durant les quatre premiers âges, il cesse de manger au cinquième âge et s'attache à un rameau de bruyère par le fil de soie qui sort de son orifice buccal.
La largeur de la bave est d'environ trente microns et il en faut environ trois mille cinq cents à quatre mille cinq cents mètres pour faire un gramme. Après trois jours, le ver se métamorphose en chrysalide. Dix jours plus tard, la chrysalide devient papillon qui pour sortir de son cocon secrétera une salive alcaline qui dissoudra la matière à une extrémité de celui-ci.


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1-3 Caractéristiques de la soie

a) La composition de la soie

La composition chimique de la soie est la suivante :
• Séricine ou grès................................................. 22.58 %
• Fibroïne.......................................................... 63.10 %
• Matières minérales.............................................. 01.12 %
• Eau.................................................................12.50 %
• Matières grasses.................................................. 0.14 %
• Matières cireuses et colorantes................................. 0.54 %

b) Les qualités de la soie

Au microscope, le fil de soie grège a l'aspect d'un tube de verre parfaitement lisse et limpide, ne présentant absolument aucun défaut. Cette régularité absolue de sa structure confère à la soie sa douceur à l'œil et au toucher, son lustre et son brillant. Les portions de fibres moins bien organisées et qualifiées d'amphores lui assurent ses qualités d'élasticité, de solidité, de finesse, de légèreté et de souplesse. La soie est imputrescible. Elle possède un pouvoir élevé d'absorption, ce qui lui confère une grande affinité à la teinture. Elle peut absorber jusqu'à 30% de son poids d'eau sans que le fil ou le tissu paraisse humide. Ceci donne à la soie une qualité d'hygiène et de confort unique. Elle offre également une protection contre la chaleur et le froid, contre l'humidité et la transpiration.. Cette précieuse fibre s'électrise au frottement même léger dans l'air sec, ce qui, au point de vue de la conductibilité électrique constitue un excellent isolant.

c) Moyen de reconnaissance de la soie

A la chaleur, la soie brûle avec formation de boules noires friables avec une odeur de corne brûlée. Elle se décompose vers 130° C et carbonise vers 300° C. Un fil de soie conditionné s'allonge de 17 à 25% à sec et de 30% mouillé.

d) Classification de la soie

Il existe une grande variété de soies grèges. Sa sélection se fait en fonction de son origine (Japon, Corée, Chine, Brésil, Indes...). Pour chaque origine, les soies se distinguent par leur titre. Le titre est l'expression en deniers de la grosseur du fil.
Il est universellement utilisé pour le titrage de la soie. Les titres les plus courants sont 13/15, 20/22, 40/44 deniers pour les soies grèges utilisés pour le tissage et le fil à coudre et à broder. Pour chaque titre les soies sont classées en grades : 6A, 5A, 4A, 3A, 2A, A, B, C, D, E, F, G ...Ces classifications sont faites pour chaque lot d'après des essais réalisés par les pays producteurs et portent sur les points suivants : régularité du sériplan, propreté, netteté, écarts de titre, déviation maximale, essai du titre moyen, rupture, ténacité, allongement, cohésion. Le meilleur système électronique de contrôle utilisé est l'Ulster Tester dont la limite de confiance peut être estimée à 95%. Ce système de contrôle a permis de ramener de 11 à 8 le nombre de grade.


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3 Du fil de soie au tissu


4 La filature

2-1 La filature de la soie grège.

Pour que les cocons soient dévidables, il est nécessaire qu'ils soient intacts. Ils sont récoltés avant que la chrysalide ne devienne papillon. Les cocons sont placés dans des appareils appelés étouffoirs séchoirs dans lesquels la chrysalide est étouffée à l'air chaud. Il faut compter approximativement 6 kilos de cocons pour un kilogrammes de soie grège. Dans les temps anciens, on utilisait une bassine à 6 ou 8 bouts ou bassines à bouts multiples, dans laquelle l'eau était portée à 85 - 90° afin de ramollir le grès des couches externes. L'ouvrière surveillait la formation du fil de soie de quatre, cinq ou six bouts suivant la grosseur. Elle devait pourvoir avec son " jette-bout " au remplacement du cocon dû à son épuisement ou à une casse. Seule la vigilence et l'habileté de l'ouvrière faisait la régularité du fil. Les Japonais ont résolu le problème de la filature de la soie en inventant une machine automatique qui permet un contrôle constant du titre de la soie dévidée. Un mécanisme spécial monté à l'extrémité de la machine assure une détection automatique de l'extrémité de la bave. Les opérations successives après la cuisson sont le battage qui permet de désagréger la bourre des couches externes faites de brins plus ou moins rompus puis le purgeage par lequel la bourre est éliminée et l'extrémité du fil dégagée. Les baves sont ensuite réunies suivant le titre désiré en 4, 5, 6, 7 bouts. Le fil ainsi formé, reçoit une légère torsion qui facilite l'agrégation des baves et va ensuite s'enrouler sur un dévidoir qui assure une présentation en grosses flottes (écheveaux).


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2-2 La filature de la schappe

La filature de la schappe s'effectuait auparavant à la main avec un rouet à pédales. L'invention du métier à filer, le fleuret, a été précédée par la création et le développement de la machine à filer le coton, à peu près achevée dans ses grandes lignes en 1790. Le procédé du filage de la schappe est assez long et compliqué mais ne diffère pas pour la filature mécanique de ce qu'il était autrefois pour la filature à la main. Les matières non utilisées (cocons percés, bourres arrachées au purgeage, frisons, ...) dans la filature de la soie à partir des cocons seins sont utilisés dans la filature mécanique.
Ils subissent les opérations suivantes :

  • La macération ou cuisson des déchets de soie.
  • Le lavage et le séchage.
  • L'ouvraison
  • La préparation de la barbe à la mise en pointe pour la peigneuse.
  • Le peignage.
  • L'étalage.
  • L'étirage et le doublage.
  • La mise en mèche sur bancs à broches.
  • Le filage.

Puis pour certaines utilisations, les opérations suivantes sont nécessaires :

  • Le cannetage
  • Le retordage.
  • Le gazage.
  • Le dévidage ...

La fermentation, macération ou décreusage tend à détruire la gomme ou séricine enveloppant le fil. La matière est mise dans des paniers à l'intérieur de cuves chauffées à l'eau et à la vapeur. Après une période de deux à six jours, la masse suffisamment décomposée ayant encore une température de 45 à 50° passe dans la machine à eau chaude puis dans une machine à eau froide afin d'être parfaitement lavée. Cette opération terminée la soie est séchée, puis plongée dans une solution diluée de savon de Marseille puis de nouveau séchée.
Cette technique de macération est remplacée de nos jours par le décreusage. Les déchets ainsi traités sont passés dans une machine à ouvrir les cocons appelée nappeuse ou carde. La matière est ainsi mise en nappe. Cette nappe est ensuite peignée : opération capitale qui permet d'éliminer les impuretés et les fibres courtes afin de ne conserver que les plus longues. Les déchets issus du peignage sont appelés " blousse " et sont utilisés ensuite dans la filature de la bourrette.
L'étirage et le doublage permettent la parallélisation et la régularisation des fibres. L'étirage transforme la mèche en une autre plus fine et d'une plus grande longueur. Ce ruban est composé de fibres n'ayant entre elles d'autres adhérences que celles provenant de leur torsion naturelle. Une légère torsion est ensuite donnée une première fois par le banc à broches qui donne la mèche. Cette mèche ira ensuite sur un continu à filer qui lui donnera une épaisseur, une grosseur déterminée ainsi que la torsion nécessaire afin obtenir la résistance et l'élasticité voulues. Le fil, ainsi conçu, sera reçu sur cônes de filature. Suivant sa destination finale, le fil ira soit au tissage, soit au moulinage, soit à la teinture après avoir été mis en écheveaux.

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2-3 Le moulinage retordage

Cette opération consiste à assembler plusieurs fils en leur donnant une torsion, une grosseur, un aspect et un toucher spécifique en fonction de leur utilisation future. La torsion S est une torsion qui va de droite à gauche et la torsion Z de gauche à droite. Ainsi on distingue :

  • La trame qui est constituée de plusieurs fils de soie grège tordus dans le même sens, généralement de gauche à droite (100 à 150 tours/mètre).
  • L'organsin qui est constitué de deux ou trois fils retordus en sens inverse l'un de l'autre. La première torsion sera de 550 à 700 tours S et la seconde de 475 à 600 tours Z.
  • Le crêpe, assemblage de plusieurs fils simples ayant reçu une forte torsion entre 2000 et 3500 tours/mètre
  • L'ovalée composé de 2 à 16 brins ou plus de soie grège faiblement moulinés de 60 à 80 tours/mètre.
  • La grenadine, organsin double ou multiple mouliné à très forte torsion.
  • Le cordonnet composé de trois brins de plusieurs fils de soie grège ou de schappe retordus en sens contraire.

Le mouliné composé de plusieurs fils de soie grège ou de schappe assemblé en sens contraire à moyenne torsion.


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5 La teinture

La soie n'était teinte jusqu'à l'aube du XXème siècle qu'en flottes (écheveaux). Grâce aux découvertes des XIX et XXéme siècles, il fut possible de la teindre en pièces une fois tissée.
De nos jours, nos fils de soie pour la couture, la broderie, la tapisserie et le tricot sont toujours teints en flottes.
Le fil de par ses propriétés chimiques exceptionnelles a une très grande affinité aux colorants. Néanmoins, il est particulièrement sensible à l'action de l'eau contenant des sels de carbonate et de magnésium. L'eau qui est un des grands problèmes de notre monde actuel n'est plus aussi pure qu'elle l'était dans le passé et cela pose de nombreux problèmes aux teinturiers.
La teinture du fil de soie en flottes se faisait traditionnellement dans des cuves en cuivre chauffées par un brasero. La difficulté était de conserver au bain une température constante. Les écheveaux de soie maintenus par des bâtons de bois étaient plongés dans le bain de teinture par le teinturier qui les tournait progressivement de manière à ce qu'ils soient teints uniformément.
Cette méthode de teinture en barque de cuivre ou d'inox ouverte sur bâtons existe toujours de nos jours. Seule la méthode de chauffage a changé avec l'avènement des chaudières à charbon, à fuel ou à gaz.
Cependant, l'évolution du matériel permet maintenant la teinture dans des cuves fermées où les écheveaux sont brassés en immersion de manière constante.
Certains fils de soie tels que la trame, le poil, l'organsin... sont teints sur grilles de teinture dans un autoclave.
La codification ISO, concernant l'appellation LAVAGE MENAGER correspond à des normes de solidité internationale. Ainsi ISO 1 correspond à un lavage ménager à 40° en présence de 5 g/l de savon de Marseille pendant 30 mm. ISO 3 correspond à un lavage ménager à 60° en présence de 5 g/l de carbonate de soude pendant 30 mm.
Au Ver à Soie a opté depuis de nombreuses années pour les coloris très foncés et vifs pour cette dernière norme. Bien que les produits de teinture aient fait de très importants progrès et aux dires des teinturiers aucun problème ne peut être écarté. Le Grand Teint n'existe pas en soie. En considération du caractère délicat de la soie, la commission de technologie et de recherche de l'Association internationale de la soie à Lyon spécifie que la température ne doit pas être supérieure à 35°C.
Le savoir-faire du teinturier est essentiel. Bien qu'il existe des spectromètres pour juger et analyser les coloris, rien ne remplace l'œil du coloriste. Celui ci analyse le coloris et détermine la quantité de produit de chaque couleur nécessaire à l'obtention du coloris final. Des moyens modernes en laboratoire permettre de l'aider dans cette tâche.
Le coloriste qui maîtrise l'action des acides minéraux, des alcalis, des tanins, du glucose, des sels métalliques, des oxydants, des réducteurs sur la matière, agit en conséquence.
La première opération que l'on effectue sur la soie est de la débarrasser du grés qui la recouvre, c'est ce que l'on appelle le décreusage. Il s'effectue dans un bain qui dissout la séricine. Si la meilleure formule est le savon de Marseille, d'autres produits " chimiques " sont aussi actuellement utilisés. La solution qui en résulte devient alors un excellent agent d'émulsion et d'unisson lors de la teinture notamment avec des colorants acides.
N'oublions pas que lors de cette opération de décreusage la pure soie va perdre entre 25 et 30 % de son poids alors que la schappe ne perdra qu'entre 4 et 10 %. La raison de ce phénomène vient du fait que la schappe, qui est une soie filée mécaniquement, a subi lors de sa fabrication des macérations qui lui ont déjà fait perdre une grande partie de sa séricine. C'est ainsi que lors de la teinture le colorant monte plus rapidement sur la pure soie que la schappe.
La teinture de la soie a été effectuée dans de nombreuses villes de France, la région de Lyon étant le berceau de l'élevage du ver à soie, du développement des industries du moulinage et du tissage en France depuis le XIIIème siècle, c'est donc logiquement que l'on peut affirmer que c'est dans cette région que les teinturiers sont les plus performants.


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6 L'histoire des produits finis

4-1 L'Histoire de la Soie

La tradition de la soie puise ses sources dans le livre des Odes de Confucius. Cette tradition veut que, vers l'an 2700 avant J.C., la princesse chinoise Xi Ling Shi, épouse de l'empereur Haong Ti, ait dévidé la première ce précieux fil d'un cocon sauvage tombé d'un mûrier. En effet, l'empereur excédé de voir abîmés les mûriers de ses jardins, avait demandé à son épouse d'en trouver la cause. L'impératrice découvrit que les petits vers blancs mangeaient les feuilles de mûriers et filaient de brillants cocons. En jouant avec l'un d'eux, tombé par hasard dans l'eau chaude, elle sortit un fil délicat. Très vite elle s'aperçut que ce fragile filament pouvait être dévidé et assemblé. Elle avait découvert la soie. L'impératrice convainquit son royal époux de lui offrir un verger de mûriers pour élever des vers à soie. La soie fut si prisée qu'elle servit très rapidement de moyen d'échange ou de récompense. Au cours d'une inspection dans le nord de la Chine, en 110 avant J.C., l'empereur Wu Di, de la dynastie des Han de l'Ouest, distribua à ses fonctionnaires plus d'un million de pièces de tissus de soie.

Sous certaines dynasties, les paysans furent contraints à cultiver une partie de leurs terres en mûriers et à payer les taxes en pièces de soie. La soie était réservée à l'usage de la cour pour confectionner vêtements, parasols et étendards, ou pour offrir. Des fonctionnaires étaient chargés de la surveillance de la production et de son utilisation. Le directeur de la soie était chargé de contrôler les soies en fil à leur arrivée. Il distinguait chaque espèce et en fixait le prix. Il était aussi chargé du stockage jusqu'à la saison propre au travail de la soie. Il fournissait les ouvrières des ateliers impériaux et privés en fils à broder et tisser, avec une marge de 10% pour les pertes. Il sélectionnait les étoffes les plus parfaites pour l'usage et les cadeaux de l'empereur et enregistrait leur quantité et leur qualité en attendant les ordres de livraison des officiers supérieurs
Pendant trente siècles, les Chinois " domestiquèrent le ver à soie, ils conservèrent farouchement leur secret et le monopole lucratif de la production et du commerce de la soie. Les décrets impériaux punissaient de mort quiconque essayait de transgresser le secret.
Dés l'antiquité, les Chinois exportèrent la soie, par terre et par mer. Ces routes ont une histoire ancienne toutes aussi merveilleuse que la vie du ver à soie.Un siècle avant la naissance du Christ, un jeune et audacieux chinois du nom de Chang Ch'ien fut chargé d'une mission secrète et traversa la Chine jusqu'aux régions alors lointaines et mystérieuses de l'Ouest. Ce fut l'un des plus importants voyages de l'histoire car il donna naissance à la Route de la Soie, appellation récente de l'une des plus anciennes et importantes artères du monde, donnée au siècle dernier par un allemand, le baron Ferdinand Von Richtofen. La soie fut acheminée par cette route, de la Chine vers le Moyen Orient et l'Occident par voie maritime et terrestre.
La route terrestre de la soie partait de Ch'Ang-An aujourd'hui Xi'An, province de Chensi (centre de la Chine), obliquait au Nord-Ouest pour atteindre l'oasis de Touen-Houang. Après avoir quitté cet oasis et traversé la fameuse porte de Jade, elle se divisait en deux itinéraires qui longeait le désert de Taklamakan et passaient par les villes de Toufan, Karashar, Aksor, Toumchong et Kasghar. La piste septentrionale passait entre la barrière nord du Tibet et le bord du désert, suivant les oasis de Miran, Endere, Niya, Keriya, Khotan et Yarkand, obliquant alors vers le nord à l'extrémité du Taklamakan pour rejoindre l'autre piste. De là, la route de la soie se poursuivait vers l'ouest par le Haut Pamir, pénétrant dans ce qui est de nos jours l'Asie centrale russe et continuant en direction de Khokand, Samarkhand, Bouhara, Merv. Puis elle traversait la Perse, l'Iraq jusqu'à Istanbul d'où les bateaux transportant les soies jusqu'à Athènes, Chypre, Alexandrie, Venise, Gênes, Rome, Marseille...
Le précieux fil et les merveilleux tissus attirèrent les convoitises et leur secret de fabrication finit par être connu. Une légende chinoise raconte qu'une princesse épousant un prince du Khotan apprit de celui-ci qu'il n'y avait pas de vers à soie dans son pays. Ne pouvant renoncer à ses habits de soie, la princesse décida de frauder les édits impériaux. Elle cacha, le jour de son départ, des œufs de bombyx et des graines de mûriers dans sa coiffure. Les gardes-frontières n'osèrent pas la fouiller. Les œufs éclorent, les graines germèrent et donnèrent naissance à une industrie de la soie dans ce pays. La princesse apprît aux femmes du Khotan les secrets de l'élevage et de la fabrication du fil et des étoffes et c'est ainsi que le ver à soie partit de ce pays à la conquête d'autres contrées.

 


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4-2 L'Histoire de la Broderie

Les broderies les plus anciennes ont été retrouvées dans des tombeaux égyptiens ainsi que dans les tombes des oasis de la route de la soie, comme celles de l'oasis de Toufan ramenées par l'explorateur Yves Lecoq. Ces toiles de soie noire ou bleue foncée sont brodées de motifs géométriques.
Cet art sera pratiqué en Grèce et en Italie avant d'arriver dans les pays comme l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Allemagne, le Danemark, la Suède.
La broderie, relativement simple à ses débuts, atteindra un éclat digne des plus grands arts.
Pour sa brillance, sa solidité, sa souplesse et l'éclat de ces coloris, la soie fut très tôt utilisée pour enrichir les tissus.
Au Japon, à l'époque Nara, la broderie occupa une place privilégiée. En plus des vêtements, elle rehaussa de nombreux accessoires comme les ceintures et les chaussures. Elle y eut son apogée au XVIII ème siècle, comme en Occident. Les kimonos se parèrent alors de nombreuses broderies d'une virtuosité éblouissante.
La Chine a une très ancienne tradition en broderie. De nombreux vêtements provinciaux en témoignent comme, dans la région de Dali au Nord du Yunnan où les costumes de fêtes sont brodés de fils d'argent et de soies multicolores (les porte-bébés et les tabliers en sont les pièces les plus remarquables). A Suzhou, il y a encore de nos jours, un institut célèbre de broderies, broderies "double face". Chaque panneau est rigoureusement identique des deux côtés. Ces ouvrages sont réalisés sur un tissu de soie très fin avec des points minuscules.
En Corée, les origines de la broderie remontent aux débuts du Bouddhisme et des Trois Royaumes. Elle a atteint sa maturité aux XVIII ème et XIX ème siècles. Les plus fameuses sont les broderies de la dynastie Joseon. Sous cette dynastie la position des personnes royales ainsi que des officiels s'exprimaient par des pièces de poitrine sur les vêtements : la girafe pour les princes de la couronne, le lion pour les gouverneurs, le paon pour un civil officiel de première classe, tigres et léopards pour les militaires...
Aux Philippines, Antonio Pigafetta, chroniqueur du voyage de Magellan fait état de broderies de soie à l'aiguille sur des bandeaux de tête ou des pagnes. L'apport de la culture hispanique donnera les magnifiques châles brodés appelés Mantones.
En Inde, la broderie est limitée à Dacca et Calcutta, au Bengale et à Lucknow dans le Uttar Pradesh. Elle est réalisée par des italiens devenus musulmans, c'est la broderie blanche ou Chikan. Les motifs à fleurs sont brodés sur une fine mousseline. Les plus belles sont exécutées avec des fils de soie sauvage muga.
En Perse, à l'époque Safavide, les broderies s'apparentent aux motifs en panneaux géométriques dans le style des tapis caucasiens. Elles sont nommées caucasiennes, Azerbaïdjanaises ou Persanes du nord-ouest. Les broderies de la fin du XVIIème siècle, début du XVIIIème siècle, se divisent en trois catégories : celles qui sont exécutées au point de croix, celles au point de reprise et celles au point de reprise en diagonale à fils tirés. Un autre style de broderie fut créé sous le règne du dernier souverain de la dynastie Safavide Hsayn Shah. Elles représentent des bandes fleuries diagonales brodées avec des fils de soie de couleur assez épais et peu tordus.
A l'age du fer Hallstatt, Marseille fut le berceau de la broderie celte comme en témoignent les tumulus situés à Hachmichele et qui ont permis de constater que l'on utilisait de la soie chinoise pour broder.
Aux XIIème, XIIIème et XIVème siècles, la broderie est recherchée par les personnages les plus puissants d'Europe, tout particulièrement celle d'Angleterre appelée Opus Anglicanum. Parmi les joyaux de cette broderie faite avec des fils d'or, d'argent et de soie, il faut citer : la couverture du livre d'Heures d'Isabeau de Bavière, véritable monument de l'art de broder à cette époque, les chapes de la Passion de la Vierge (cathédrale Saint-Bernard de Comminges), l'Arbre de Jessé (Musée des Tissus de Lyon), les chapes de Montieramey et de Saint Maximin, la présentation de Jésus au Temple (Musée de Cluny) et bien sûr l'importante collection du Victoria et Albert Museum de Londres qui compte de nombreuses chapes, chasubles, manipules ... des trésors des cathédrales d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne et du Vatican...
Les brodeurs de Paris sont aussi bien connus. En 1292, un premier texte réglementa leurs activités. Il y avait alors dans la capitale deux cents brodeurs, hommes et femmes en nombre à peu près égal. Il y en aura deux cent soixante en 1316 quand paraîtront les nouveaux statuts de la profession. Dans les fabrications des brodeurs parisiens, essentiellement consacrées au palais et aux costumes civils, citons celle réalisée par le brodeur Gautier de Poullegni en 1316 à l'occasion du couronnement de la reine Jeanne de Bourgogne : une chambre ornée de mille trois cent soixante et un perroquets aux ailes blasonnées des armes de France, de six cent soixante et un papillons portant sur leurs ailes les armes de Bourgogne et plus de sept cents trèfles brodés sur toile de lin en fils d'argent, d'or et de soie. François Michel dit : " Broder fut même, jusqu'à la fin du XVI ème siècle, une branche sérieuse, estimable de la peinture ; l'aiguille, véritable pinceau, se promenait sur la toile et laissait derrière elle le fil teint en guise de couleur, produisant une peinture d'un ton soyeux et d'une touche ingénieuse, tableau brillant sans reflet, éclatant sans dureté ". Il était de tradition dans certaines maisons princières comme la première Maison d'Orléans de protéger la profession de brodeurs. Lors de son accession à la couronne, Louis d'Orléans, Louis XII, favorisa par ses commandes les brodeurs de sa bonne ville de Blois comme son épouse Anne, Duchesse de Bretagne favorisa les brodeurs bigoudens. Parmi ceux ci Girard Odin, Esterlin de Dru, Jean Gallant, Guillaume Martin ou la dynastie des Galles. Les dames de la plus haute noblesse brodaient suivant en cela l'usage de la plus lointaine antiquité. Ainsi la reine Catherine de Médicis, épouse de Henri II roi de France, passait " fors son temps, les après dînées à besogner après ses ouvrages de soye où elle était tant parfaite qu'il était possible ".
Au XVIIIème siècle, la broderie se généralisa sur les vêtements et devint surtout l'apanage de l'ameublement : panneaux muraux, majestueux baldaquins, couvertures de lit avec des broderies en chenille de soie, paravents somptueux...
La broderie établie à Lyon sera une branche estimable de l'industrie de la soie.

Les broderies de Milan et de Venise étaient alors de grande renommée mais excessivement onéreuses. Vers 1778-1780, la broderie devint si importante et célèbre dans le monde entier, tant pour les vêtements d'hommes et de femmes, les bas de soie, les ornements d'église et les étoffes d'ameublement que sur les 20000 personnes que Lyon faisait vivre, il y avait plus de 6000 brodeurs. Les fabricants de Lyon marièrent les chefs-d'œuvre de la navette à ceux de l'aiguille.
Pour la composition des broderies on avait recours aux plus célèbres dessinateurs : parmi eux, Philippe de Lasalle qui réalisa, entre autres, cette tenture brodée au point de chaînette sur satin blanc pour le Trianon à Versailles ; Bony, dont le chef-d'œuvre est la tenture entièrement brodée sur fond de satin de soie de couleur en or et en chenille pour le petit salon de l'impératrice Marie-Louise à Versailles, malheureusement elle ne fût jamais mise en place et se trouve au Mobilier National.
La chute de la monarchie, le désastre du Second Empire feront disparaître du costume des fonctionnaires les broderies. Actuellement seules les Académies et particulièrement l'Académie Française, conservent un costume brodé en soie baptisé l'habit vert en raison de ses broderies de feuilles vertes. La désuétude au XXème siècle des cérémonials, des cultes fait que les ornements s'appauvrissent pour devenir quasi inexistants. L'église dont le rôle fut essentiel dans certains domaines artistiques (orfèvrerie, broderie...) durant des siècles a rejeté toute cette tradition, qui assurait à de nombreuses ouvrières et ouvriers un juste salaire et enrichissait d'œuvres le patrimoine national. Au nom de l'uniformisation, il est triste de constater que l'on condamne une profession à une quasi-confidentialité.
Les Suisses mécaniseront la broderie avec le métier de Saint-Gall, au XIXème siècle. Dans la broderie mécanique, il est généralement employé la rayonne (viscose), souvent appelée soie artificielle malgré l'interdiction de la loi. Il est frustrant de nos jours de voir souvent des modèles de Haute Couture curieusement brodés avec cette matière et laissant croire à de la soie naturelle Cependant notons qu'en Afrique le fil de soie naturelle est utilisé pour la broderie à la machine sur les boubous, particulièrement en Mauritanie.
La broderie avec ou sans fil d'or et d'argent, a joué un rôle très important dans tout le bassin méditerranéen et plus particulièrement dans l'Empire Turc.
Les couvertures de cénotaphes, les mouchoirs, les bandeaux, les écharpes, les voiles, les tapis de prières, les vêtements du XVI ème au XIX ème siècle exposés au musée Topkapi Sarayi d'Istanbul constituent une des plus formidables collections mondiales du genre. Son importance est liée aux traditions et aux goûts raffinés des Turcs. Il semble que la broderie fut aussi à la mode aux XIVème et XVème siècles à la cour des Mamelouks. La plus ancienne mention de broderies au palais se trouve dans le registre du trésor du Sultan Bâyazit de 1504, où parmi les objets cités figurent des coussins et des traversins brodés de fils de métal ou de soie de couleur.
Les brodeurs employés au palais pouvaient être originaires d'autres contrées (Tabriz, Bosnie, Hongrie, Géorgie) comme le mentionne un registre de 1526. Ces brodeurs avaient une remarquable dextérité. Les broderies d'or étaient exclusivement l'œuvre des hommes comme à Byzance. Les broderies en soie étaient exécutées sur commande par des femmes, soit au harem, soit hors du palais. La réputation des broderies turques s'étendit à toute l'Europe, le sultan offrant aux ambassadeurs ou adressant par ses ambassadeurs aux souverains des tissus brodés (carquois, tapis, selles...).
Au XVIIIème siècle, les nobles de Hongrie et de Transylvanie achetaient à Istanbul différents textiles et broderies. Une des plus remarquables pièces de cette époque est un cadeau adressé à Alphonse de Suède : " un tapis de selle de velours cramoisi brodé de fil d'or avec un motif de feuillages stylisés et de grenades renfermant des petits bouquets ". Lorsque les missions diplomatiques s'établirent au XVIIIème siècle à Istanbul, l'influence européenne imprégna les broderies ottomanes. Comme en Occident, les travaux d'aiguilles (sûzemi en persan) furent très appréciés et ornèrent à profusion aussi bien les vêtements que l'ameublement. Cette mode se prolongera pendant tout l'Empire Ottoman avec un luxe infini (broderies de perles et de diamants).
Les tissus brodés étaient faits en divers lieux, au Palais, en ville, à Istanbul, Edirne, Bursa ainsi que dans d'autres centres réputés comme Aydin, Bandirma, Karaman, Rhodes, Salonique ou en Thrace et en Crète.

Beaucoup d'autres pays eurent des brodeurs remarquables sur le pourtour de méditerranée : à Bône en Algérie, Fès, Mekhnès, Rabat, Salé, Tétouan, Checaouen et Azemour au Maroc. Les broderies marocaines sont d'origine hispano-mauresque. Celles de Tétouan en sont les meilleurs exemples. Cette origine s'explique par le fait qu'à sa destruction en 1401 par le roi de Castille Henri III, ses habitants furent exilés en Espagne. Après la chute de Grenade en 1492, les réfugiés de Cadiz, Baeza, Almeria dont les tissages étaient célèbres, se réinstallèrent à Tétouan, enmenant avec eux la tradition des broderies hispano-mauresques aux origines coptes et orientales. A Tétouan, il faut adjoindre Fès et Salé. Fès, capitale intellectuelle et raffinée produisit des broderies en soie monochromes sur des tissus fins exécutées à points comptés sur métier. Ces broderies ont une grande similitude, et pour cause, avec celles d'Andalousie. Quant à Salé, elle offre des broderies raffinées. Ce sont des ouvrages à fils comptés, sans envers monochrome ou à deux ou trois tons.
La broderie de soie est née à Alger durant les trois siècles de domination ottomane (du XVIème au XIXème siècle). D'une surprenante beauté, ces broderies s'exécutent d'après un tracé et à fils comtés sur des métiers à bras. Les décors sont pour la plupart floraux à dominante violette, soit rouge et bleu sur fond d'étamine de lin de couleur bistre. Elles sont destinées au costume ou à la décoration intérieure et furent longtemps l'apanage des femmes de la haute société. Le plus bel exemple de broderie d'Alger conservé en France est le voile de la Vierge de la cathédrale de Chartres appelée : Notre-Dame du Pilier.
La broderie en Russie ne peut être évoquée sans parler des magnifiques et somptueuses icônes brodées. C'est au XVème siècle que débuta l'activité des Stroganov, manufacturiers et hommes d'affaires dont l'apogée aura lieu au XVIIème siècle et dont l'importance culturelle s'étendra sur plusieurs siècles (jusqu'en 1923).
A la fin du XVIème siècle, naît l'atelier de broderies de Sol'vytchegodsk, berceau de la famille. Avant sa création, les broderies étaient réalisées dans les ateliers du Tsar et de la princesse Eusophine Staritski.
L'Atelier des Stroganov était placé sous la direction des femmes de la maison comme le voulait l'ordre social en Russie. Ces femmes étaient l'honneur de la famille et de leur pays. Elles ont pour nom : Euphraxie Feorovna, Eudoxie Nesterovna, Anne Ivanovna Zlobine.
Dés leur création, les ateliers porteront l'art de la broderie à un très haut niveau de beauté. Certaines pièces comme un epitaphios d'un mètre sur deux représentait trois années de travail. Cette broderie était l'art d'une élite et un acte personnel (choix des couleurs, expression du motif). Un acte de foi conçu et réalisé dans un but bien déterminé. Leur intérêt historique et artistique est essentiel. L'apogée de la broderie stroganovienne eut lieu dans la seconde moitié du XVIIème siècle. Toutes ces broderies essentiellement religieuses étaient effectuées sur des tissus de soie avec des fils de soie plats et retordus ainsi qu'avec des fils d'or.

 

 

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4-3 L'Histoire du Tapis

Les croisés européens et les marchands du Moyen Age ont rapporté de leurs expéditions des soies précieuses d'origine islamo-asiatique pour les offrir aux églises chrétiennes comme, par exemple, le Suaire de Saint Josse qui avait été fabriqué pour un gouverneur turc d'Iran oriental, mort en 961 et qui fut transformé en suaire pour des reliques de l'abbaye de Saint-Josse-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais. Son donateur Etienne de Blois a sans doute été séduit par le tissage admirable de cette étoffe, faite de soies polychromes sur fond rouge et par sa composition d'éléphants et de dragons, cantonnés au-dessus et au-dessous par des bandeaux, l'ensemble étant encadré par une bordure de chameaux Bactriens.
Le tapis est un des éléments les plus traditionnels du décor d'Orient. Il est vraisemblablement aussi ancien que la civilisation. Au début simple natte de paille, il s'harmonisa et se colora avec l'utilisation de la laine. L'un des plus vieux tapis datant du V ème siècle avant J.C. a été retrouvé dans l'Altaï sibérien.
Les tapis d'Orient viennent de toute l'Asie : Turquie, Caucase, Perse, Turkestan jusqu'à la Chine. Il y a peu de tapis fabriqués en Occident. L'une des plus fameuses fabriques est en France la Savonnerie.
C'est particulièrement au XV et XVIème siècles que l'art du tapis à point noué est en plein épanouissement, tombant en décadence au XVIIIème siècle. C'est aux XVI et XVIIème siècles qu'il atteindra son apogée en Iran, tant du point de vue artistique que par la virtuosité de sa technique. Le principal artisan de ce développement fut le monarque Safavide Shah Abbas (1588-1629) qui fonda les fabriques royales à Kacham, Kerman et Ispahan.
Le tapis classique de cette période est généralement fait de minuscules nœuds en laine et en soie.
Les tapis sont tissés sur des métiers verticaux ou horizontaux. Pour les métiers dont la chaîne est verticale, il existe des variantes qui tiennent compte de la longueur du tapis. Ce peut être une sorte de cadre fixe servant à tendre la chaîne devant laquelle se trouvent, à même le sol, les places assises pour les ouvriers. A mesure que le travail avance, le siège s'élève.
La soie est employée en chaîne en raison de sa solidité, mais aussi en trame pour sa brillance. Le montage des fils de chaîne se fait en fonction de la finesse désirée du tapis. Les nœuds qui forment le velours s'entortillent généralement au tour d'une paire de fils de chaîne, il s'agit de tapis turc, de telle sorte que les deux fils s'embrassent par le dessus et que la touffe de fibres surgisse entre les deux. Pour le nœud persan, le premier fil est entouré, le second enlacé de sorte qu'après chaque fil de chaîne surgisse une touffe de fibres. Après chaque nœud, on égalise superficiellement.
Dans le tapis tissé, les fils qui forment les dessins sont tissés dans la chaîne uniquement dans la partie marquée par les couleurs du dessin.
Les dessins varient suivant les origines du tapis. D'une façon constante, on trouvera des fleurs plus ou moins stylisées (tulipes, jacinthes...) dans les tapis turcs, des dessins géométriques dans les tapis du Caucase.
Dans les tapis persans, deux styles sont présents, l'un à lignes droites et l'autre à ligne courbes où les dessins sont très riches. Les tapis chinois sont eux surtout employés comme tenture murale. Dans la majorité des cas, les couleurs des tapis sont dans les gammes de rouge, de bleu et d'ivoire.
Le tapis est très souvent fabriqué en laine. Parmi ceux faits en soie on peut citer les tapis Gherdes en Turquie, les tapis Kachan, de Qom et d'Ispahan en Iran ainsi que les tapis chinois.
En dehors des tapis noués, il existe des tapis tissés. Les Kilims ou Kelims appartiennent à cette catégorie. Ils ont une surface lisse et sont travaillés avec beaucoup de soin des deux cotés. Ils sont parfois tissés en fils de soie et de métal. Le Soumak est aussi un tapis tissé. Sa technique s'apparente à la tapisserie, le fil de trame n'étant pas ramené autour du fil de chaîne comme dans le tissage mais arraché.

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4-4 L'Histoire de la Tapisserie

Dans le tissage de la tapisserie, on distinguera le tissage sur métier de haute lisse (Gobelins) et celui sur métier de basse lisse (Aubusson et Beauvais). Une troisième sorte est la tapisserie à l'aiguille.
La tapisserie sur métier représente une armure toile, c'est à dire un tissu formé par l'entrecroisement régulier des fils de chaîne et de trame. La tapisserie de haute lisse s'effectue sur un métier portant la pièce verticalement ; la tapisserie de basse lisse se fait horizontalement. Dans les deux cas, la tapisserie est tissée à l'envers, c'est à dire que les lissiers font face à l'envers de la pièce. Dans la tapisserie de haute lisse, le dessin ou carton est placé derrière le lissier qui doit se retourner pour voir son modèle. Le dessin de la pièce n'est pas modifié par rapport au carton.
Dans la tapisserie de basse lisse, le carton se trouve sous la chaîne (face à l'endroit de la pièce). Le sujet est alors inversé par rapport à celui du carton. De petites fentes se distinguent entre deux fils de chaîne à la rencontre de deux couleurs. Cette spécificité est unique au tissage de la tapisserie sur métier. Elle se nomme relais. Les relais sont cousus afin de joindre les deux couleurs.
Les sujets de tapisserie sont des motifs figuratifs à la gloire d'un personnage ou un symbole animalier pour les tapisseries anciennes.
Signalons les tapisseries chinoises (K'o-sseu) et japonaises (Tsuzure) entièrement tissées en soie. Leur finesse est bien supérieure à celle de nos tapisseries européennes. La pièce reçoit bien souvent après tissage des touches de peinture. Parmi les plus belles pièces de K'o-sseu nommons celles du temple de Taimadera près de Nara au Japon. Elles mesurent quatre mètres carrés d'un seul jet. Son sujet est tiré du récit de Shan Too (631-681), prêtre de l'époque Tang. Dans les environs de l'an mille, le plus important centre de tissage était à Ting Tchéou (Hopei). On dit qu'un de ses grands maîtres Teou K'o Jeou manipulait les fils de soie avec une habileté comparable à celle des grands peintres avec leur pinceau.
En Europe, il faut attendre le début de la Renaissance pour que la tapisserie (et ses reproductions de tableaux et de rétables) se remarque par la beauté de son exécution et la richesse de son tissage en soie et en or. Quelques exemples sortis des ateliers de Bruxelles ou des bords de Loire : Glorification du Christ (Washington), Glorification de Charles VIII (Metropolitan Museum), l'histoire de David et Bethsabée (345 m2) se trouvant au château d'Ecouen.

La soie sera plus couramment employée à partir du XVIII ème siècle en France avec la création en 1682 des Gobelins, en 1684 de Beauvais succédant aux ateliers de la Trinité (sous Henri III), du faubourg Saint Marcel (sous Henri IV) et du faubourg Saint Germain (sous Louis XIII).
Les plus belles pièces sont les tapisseries des chasses de Louis XV créées par J.B Oudry aux Gobelins, l'histoire de Psyché, l'enlèvement d'Europe de François Boucher tissées à Beauvais en 1741 et 1764.
Outre ces deux grandes manufactures, des ateliers secondaires tisseront des tapisseries en soie : l'Atelier Lorrain avec la bataille de Kalenberg et le dégagement de Vienne dues à Josse Baco pour S.A.R l'archiduc Rodolphe de Lorraine (Hasbourg) ; l'Atelier de Felletin où Louis XV installera des filatures de soie qui ne résisteront pas à la Révolution. Hors de France, les ateliers de Portlake en Angleterre, de Munich et de Wurzbourg en Allemagne et d'Italie tisseront des tapisseries en soie pour des personnages importants.
Les XIX et XXème siècles seront des siècles de décadence et la soie ne sera utilisée qu'exceptionnellement : Séléné de Jules Marchand (1877), les poèmes d'Apollon de Pierre Victor Galland (1886-1889), les quatre saisons de Jules Cheret (1910-1911). A notre époque, malgré le renouveau de la tapisserie, une seule tapisserie sera tissée aux Gobelins en soie.
Quelques ateliers comme Les lissiers à Paris utiliseront la soie pour quelques tapisseries comme Vibrations, magnifique verdure de Dominique Bachellerie ou Gisant d'Olivier Brice.
Il existe une autre tapisserie moins cotée mais tout aussi belle : la tapisserie à l'aiguille ou tapisserie aux points. C'est une technique très ancienne de broderie. L'inventaire du butin du pillage du palais de Khosrô II, roi des Sassanides par l'empereur byzantin Héraclius fait état de tapis brodés à l'aiguille.
Cette technique exécutée avec des fils colorés passés à l'aiguille sur un canevas. Certains des ces canevas peuvent être tramés ou rapportés. On dénombre plus d'une trentaine de points (point de croix, demi point, point d'Aubusson, point Gobelins, point de France, point de riz...)
Ce genre de tapisserie fut longtemps l'apanage des femmes soit au foyer soit en communauté. Citons quelques exemples : celle de Madame Royale au château de Chambord faite au temple avant de monter à l'échafaud, les Arlequinades, la chute d'Icare, le soleil se roule dans l'herbe de Jacqueline Hagnauer (1980), les soleils de l'auditorium de la Fondation Ford à New York et le bar d'un Boeing 747 d'Air France de Sheila Hicks (1970). Sans compter les œuvres d'artistes de nombreuses personnes utilisent la soie dans la tapisserie peinte ou non à l'aiguille, soit partiellement soit complètement.
Le renouveau vient curieusement du Nouveau Monde, mais également du développement de la civilisation des loisirs et du renouveau du folklore régional européen. De nombreuses personnalités américaines sont à l'origine du " retour de la soie ". Mesdames Maggie Lane, Caroline Ambuter par exemple se sont attachées dans les années 70 à promouvoir en particulier les produits fabriqués par Au Ver à Soie®.

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4-5 L'Histoire de la Passementerie

La passementerie est un métier et un art qui remonte à la plus haute antiquité. Depuis que l'homme a eu l'idée de nouer, de tresser ou de tisser des fils sans but utilitaire, il a fait de la passementerie sans le savoir.
On découvre un peu partout dans le monde des vestiges de la passementerie : temples Incas, tombeaux des Pharaons, temples Chinois, habitations Grecques... Au cours des siècles, elle a évolué. Les documents en parfait état de conservation y faisant référence remonte à la Renaissance. Son apogée en matière de qualité se situe sous Louis XV et Louis XVI.
Les textiles employés à cette époque étaient essentiellement la soie, les âmes de lin, parfois les fils d'or et argent. L'Empire, plus dépouillé dans son style a connu une grande vogue pour la passementerie, laquelle sera ensuite surchargée durant l'époque de Louis-Philippe et de Napoléon III. Le raffinement du petit détail a fait place à une passementerie très chargée et importante en proportion. On en mit partout, de toutes sortes, exécuté à la main ou à la machine presque essentiellement en soie. Actuellement, la plus grande production de passementerie en soie sert pour reproduction et la restauration d'objets anciens.
La passementerie est la complice constante des métiers de l'ameublement et de ceux de la mode, par le passé elle fut indispensable au prestige des carrosses, des harnais, des uniformes militaires, des ornements sacerdotaux...
La fabrication de passementerie est extrêmement variée : du plus petit galon de finition de tenture murale aux larges galons à dessins de tous styles pour les rideaux, du cache-clous des sièges en galon à la crête en guipure exécutée mécaniquement ou à la main, de l'effilé bordant les rideaux et voilages aux prestigieuses franges à mèches ou à jamains ; sans oublier bien sûr les embrases pour relever les rideaux, qu'elles soient câblées ou à gland, voire même en tulipes, pour suspendre les lustres et décorer les rampes d'escalier.
Négligée au début du style Design, elle s'est rapidement adaptée aux exigences du style contemporain et, si elle ne surcharge plus les décors comme jadis, elle reste le complément indispensable à une parfaite finition, tour à tour complice, discrète ou malicieuse, apportant par sa forme et sa couleur l'élément indispensable à une réalisation personnalisée.
En Corée, la passementerie ornementale a été l'un des éléments indispensables de la vie quotidienne jusqu'à notre époque.
Son nom en Coréen est maedup. C'est une composition de nœuds artistiques faits le plus souvent avec des cordonnets de soie. Sa fabrication date de toujours. Il semble que cet art vint de Chine où il servait à représenter des chiffres ou des caractères.
A l'époque des Trois Royaumes, on trouve beaucoup de fresques dans des tombeaux du royaume Koguryö (37 av. J.C. - -688 ap. J.C.), à Anak dans la province de Hwanghae, en Corée du Nord, des traces de cordons sur les ornements de ceintures ou les attaches de coiffure de cérémonie, de drapeaux, de tapisseries... Il est facile d'observer des traces de la technique de fabrication des cordons dans les ornements des couronnes d'or des royaumes Paekche (18 av. J.C. - 660 ap. J.C.) et Shilla (57 av. J.C - 667 AP. J.C.). Il a été découvert au Japon, une ceinture de poitrine appelée shiragigumi (en Coréen shillajo) et une machine à corder appelée koraiuchi (Koryôt'a en Coréen), ce qui prouve que l'art du maedup était passé de Corée au Japon.
A l'époque Koryô (668-1392), les maedups sont mentionnés dans le Sônhiva Pongsa Koryô Togyông écrit par un chinois Xu Jing avec des illustrations. Il décrit ce qu'il a vu durant son voyage en Corée (XII ème siècle). On distingue cet art des nœuds sur des peintures bouddhiques de l'époque. Un des exemples les plus marquants est la représentation du " Willow Kwanyin ", c'est à dire du Bouddha de la pitié tenant une branche de saule. Ce moine écrivit également : " les aristocrates Koryô portent des ceintures indigo et des sachets de parfum en soie. Le nombre de sachets indique le degré de noblesse du propriétaire ". Dans la période Chosôn (1302-1910), la passementerie devint encore plus populaire. Elle était largement employée comme ornement avec des bourses, des éventails, des instruments de musique, des kakemonos... Ces maedups sont de formes diverses. Les couleurs fondamentales sont le rouge, le bleu et le jaune, s'y ajoute le rose, le vert clair, le violet pâle et foncé et la couleur jade.
La technique de fabrication consiste à lisser et à teindre des fils de soie, à tordre des cordelettes avec ces fils et à faire des nœuds. Elle est assez complexe et demande une grande dextérité. Selon le Taejon hoetong, compilateur du code administratif de la période Chosôn, les artisans appartenant aux ateliers de Séoul, sis près de la porte Shigumun, étaient spécialisés dans la fabrication du fil, d'autres teignaient en rouge et en bleu et d'autres confectionnaient les maedups.
De nos jours, les maedups ornent le costume traditionnel de la femme coréenne et servent à la décoration. Au Japon, la passementerie naquit au VII ème siècle dans la ville de Nara, alors Capitale. Elle suivit les règles des costumes officiels de l'empire de Chine. Au XVII et XVIII ème siècles, Kyoto la capitale, devint le principal centre de production. Le développement et la magnificence de ce "hobby" favorisèrent son expansion.

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